11.02.2007

Le Pacte présidentiel de Ségolène Royal

medium_file_231412_619401.jpgLe meeting était très attendu et Ségolène n'a pas déçu: propositions, enthousiasme, réponse point par point aux attentes quotdiennes des Français, elle a prononcé le discours que nous attendions. Elle s'est adressée à la grande majorité des Français pour qui le lien social se dégrade, elle a fait la synthèse de nombreuses sensibilités socialistes; plus, elle a mis son expérience personnelle dans son combat, elle a livré sa vision de la France, loin de celle de Nicolas Sarkozy. En plus d'être de relancer une campagne que les Français jugent mauvaise, elle a donné aux militants, sympathisants, à ceux qui veulent reconstruire le pacte social républicain, ce sentiment grisant que nos valeurs ont un sens et une force formidables. 

- la confiance retrouvée

- le pouvoir d'achat garanti

- du travail pour tous

- la réussite éducative et culturelle

- la sécurité sociale professionnelle

- la lutte contre toutes les formes de violence

- l'excellence environnementale

- une République nouvelle

- une France forte en Europe et ative pour la paix dans le monde 

 

Tout est là pour que les Français murissent leur décision de vote, projet contre projet.

La campagne continue... 

31.01.2007

Un texte de Laurent Fabius pour garder le cap...

  "Rien n’est joué

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"31 janvier 2007

"A un peu moins de trois mois du scrutin présidentiel, rien n’est joué. Si les récentes études d’opinion semblent moins favorables à notre candidate, tout peut encore se retourner dès lors que les thématiques choisies sont claires et pertinentes et que le débat de fond est engagé.

"Ne dilapidons pas notre énergie sur les terrains fangeux où on voudrait nous attirer, concentrons-nous sur nos propositions, défendons tous ensemble nos couleurs, parlons à nos électeurs et parlons de la France.

"La première priorité pour moi est la question sociale. Les Français veulent d’abord des réponses progressistes et précises sur les salaires, l’emploi, les retraites, le logement, les services publics. Le candidat UMP, qui est aussi celui du MEDEF, ne les apporte manifestement pas. A nous de le faire par un projet réel et novateur de transformation sociale et de développement durable, qui contribue aussi à relancer et à réorienter l’Europe.

"La question éducative est également décisive. Il se murmure que le candidat UDF progresserait dans les milieux enseignants. Ce serait un comble pour qui a en mémoire ses attaques contre l’école publique lorsqu’il siégeait dans des gouvernements conservateurs. Là aussi, développons nos propositions pour une société de la connaissance, une société laïque qui fasse toute sa place à l’éducation et lui donne les moyens de réussir.

"Bref, assumons notre opposition frontale au gouvernement, prenons les attentes de changement à bras le corps, apportons les réponses nécessaires sur le fond, faisons-le d’une façon solidaire et constructive, et l’horizon s’éclairera."

24.01.2007

Pour une campagne sociale: répondre aux inquiétudes d'une majorité de Français

medium_carte.jpgLa question sociale ne concerne plus une catégorie sociale marginalisée (les 10% les plus pauvres et les exclus) mais la partie beaucoup plus large de la population qui doute, angoissée par la peur du déclassement : à l’heure ou les diplômes ne suffisent plus à protéger contre la précarité, les salaires, les prix, la sécurité professionnelle, l’avenir des enfants et le logement sont les principales préoccupations d’une majorité de Français.

L’un des enjeux majeurs de la campagne présidentielle sera la conquête des classes populaires et de classes moyennes inférieures, c’est à dire de ces Français qui gagnant entre 800 et 1500 euros. Les thèmes sociaux semblent devoir beaucoup compter dans la campagne.

Nicolas Sarkozy tente de préempter certains thèmes centraux de la gauche. Ils ne doivent pas lui être abandonnés : ses contradictions vont bientôt devenir flagrantes. La gauche doit s’atteler à les dénoncer. La mise à mal de l’image d’un Nicolas Sarkozy social, central ou centriste doit être l’un des principaux objectifs d’une campagne socialiste à dominante sociale.

 

 La pauvreté, les classes populaires et les classes moyennes inférieures : le véritable électorat de la gauche doit être défendu et rassemblé

6,9 millions de Français vivent avec moins de 800 euros par mois. La pauvreté « en conditions de vie » touche 14,3% des Français qui connaissent des privations et des difficultés : loyers, factures, découverts bancaires, surendettement, etc. Leurs préoccupations et difficultés quotidiennes sont claires :

-          l’emploi (stable et durable),

-          le logement (salubre et non suroccupé[1])

-          un accès plus juste aux services bancaires (sans surfacturation ni surendettement),

Au delà des limites strictes de la pauvreté, une population est majoritaire en France : elle gagne entre 700 et 1500 euros (le revenu médian est de 2000 € pour un ménage sans enfants, 3000 euros pour un ménage avec deux enfants de moins de 18 ans). Elle appartient aux catégories socio-professionnelles intermédiaires : agriculteurs, techniciens, employés du secteur public ou privé, professions intermédiaires de la fonction publique et des entreprises, petits artisans ou petits commerçants, etc. Cette population, si elle n’est pas directement touchée par la pauvreté, si elle n’est pas directement « dans le besoin », elle craint le déclassement et sait que la société française telle qu’elle fonctionne actuellement, elle peut basculer dans les difficultés en cas de plan social ou d’accident de la vie.

medium_billets.jpgElle se caractérise pas la peur du déclassement. Ces populations se caractérisent pas la peur du déclassement : à l’inverse des années 60 où les emplois créés par l’économie française permettaient aux jeunes d’être mieux qualifiés et d’accéder à un emploi mieux rémunéré que leurs parents, de gravir des échelons sociaux, aujourd’hui, aux emplois techniques de l’industrie qui sont en train d’être détruits, se substituent des emplois dans le secteur tertiaire dont les salaires sont de 10 % inférieurs.

Ses préoccupations semblent ainsi être :

-          la sécurité de l’emploi,

-          le niveau de prix, notamment des nouveaux services (téléphone, etc.)

-          le niveau des loyers,

-          l’avenir professionnel de leurs enfants.

La peur du déclassement, des fins de mois difficiles, le sentiment qu’il est difficile de « joindre les deux bouts », l’angoisse des fins de mois difficiles sont des sentiments qui se sont répandus jusqu’aux classes moyennes.  Cette population de Français qui travaillent, qui gagnent de 700 à 1500 euros, semble être celle qui doute de l’avenir, de l’Etat et de la République. C’est la France des « fins du mois difficiles » (ou de la peur des fins de mois difficiles), la France où porte les discours sur le déclin du pays.

 Pour dénoncer les contradictions de N. Sarkozy : nous devons mener une campagne sociale !

 

Nicolas Sarkozy, dans l’orientation de sa campagne, s’adresse à la frange de la population majoritaire décrite ci-dessus. Il parle des « fins de mois difficiles ». Lorsqu’il évoque la France « qui travaille », « qui se lève tôt le matin ». Lorsqu’il évoque l’histoire nationale et ses grandes heurs ; il souhaite rassembler cette France désespérée de la politique et de la République. Mais il se travestit car son programme est à mille lieues de ces objectifs.

 

A gauche, les intentions de vote en faveur d’Arlette Laguiller semblent augmenter or elle n'incarne aucun avenir pour la gauche : il est nécessaire de faire des efforts pour rassembler les classes populaires. Cet objectif de premier tour est incontournable. Pour l’atteindre, il semble nécessaire de réinvestir des thèmes traditionnellement mobilisateurs :

 

-     du pouvoir d’achat et des salaires,

-          de l’emploi durable et de la précarité,

-          de l’avenir assombri pour les enfants

-          et du logement (le mal logement est un problème pour tous, pas seulement pour les exclus)

 

Ces thèmes doivent devenir nos priorités de campagne pour deux raisons :

 -          ils recouvrent les intérêts des plus faibles, de ceux que les socialistes ont vocation à défendre ; ils constituent les préoccupations centrales de l’électorat de gauche ;

-          sur ce thème, Nicolas Sarkozy se contredit: sa vraie nature d'homme de droite, défenseur de la rente et de trop nombreux privièges se révèlera plainement, loin des envolées lyriques de son discours d'investiture : comment demander la suppression de l’impôt sur les successions et défendre la France qui travaille ? Le virage social et gaulliste inspiré par Henri Gaino est imparfait et fragile : il heurte de plein fouet les convictions libérales du premier Sarkozy. S’il est décidé d’attaquer directement Nicolas Sarkozy, il faut l’attaquer comme un imposteur qui défend une justice rhétorique et ignore les injustices réelles.


[1] « 20% des ménages les plus pauvres vivent dans une résidence suroccupée » (Jean-Claude Driant, professeur à l’IUP) : ce ratio constant depuis 1980.

[2] Le soutien d’une large majorité de l’opinion aux mouvements anti-CPE témoigne de la peur des parents pour leurs enfants qui manifestaient.

23.01.2007

Tant qu'il y aura des fiches...

medium_sarko.2.jpgCe qui devait arriver arriva: le RG ont fait des fiches sur des membres de l'équipe de Ségolène Royal. Ce n'est pas très propre mais c'était attendu. Bruno Rebelle a porté plainte: faisons confiance à la justice.

Au delà de l'épisode, que faut-il en penser? Sans qu'il soit besoin d'examiner le contenu de ces fiches, leur commanditaire exact, leur objet et la teneur des informations qu'elles contiennent, il y a un problème qui s'est soudain illustré: le Ministre de l'Intérieur est candidat à l'élection présidentielle et cela créée un malaise dans l'équilibre des pouvoirs, le respect du pluralisme, les institutions, je ne sais quoi encore...

Comment ne pas se souvenir des pages de Stendhal dans Lucien Leuwen, lorsque l'envoyé du cabinet du Ministre descendait en province faire et défaire les élections avec l'aide des préfets (c'était sous la restauration)? comment ne pas penser aux candidats officiels du pouvoir? Comment ne pas s'interroger sur le fait que Claude Guéant soit à la fois directeur de cabinet du Ministre de l'Intérieur, c'est-à-dire celui auprès de qui les Préfets prennent leurs ordres, et directeur de campagne du candidat? Au niveau local, combien de fois y a-t-il un doute sur la casquette des représentants de l'Etat qui, devant une obéissance totale à leur hiérarchie, ne doivent plus savoir à qui ils obéissent: au candidat et à son directeur de campagne, ou au Ministre de l'Intérieur?

medium_fiche.jpgMalgré le grand sens de la déontologie de l'administration, attachée à sa neutralité et à l'intérêt général, l'administration Sarkozy/Guéant doit parfois se sentir dériver... Il s'agit bien d'un remake de régimes qui ne plaisent généralement pas trop aux républicains...

Que faire pour que la campagne soit digne, juste et incontestable? Que Nicolas Sarkozy démissionne  le plus vite possibe du poste de premier flic de France, de patron des préfets, des sous-préfets, de patron des RG, de patron de la police (et de la gendarmerie), et qu'il soit seul face à l'opinion.

18.01.2007

Montebourg suspendu

medium_Mtbg.jpgArnaud Montebourg a été suspendu de ses fonctions de porte-parole de Ségolène pour un mois à la suite des propos qu'il a tenu sur François Hollande: "Ségolène Royal n'a qu'un défaut, c'est son compagnon" a dit Arnaud M. Après qu'il lui ait proposé sa démission, la candidate a décidé de le suspendre un mois de ses fonctions.

 Que penser de cet épisode?

1/ d'abord, qu'Arnaud Montebourg a commis une gaffe: en pleine campagne, alors que la dynamique de celle-ci peine à se dessiner, il est inutiile et incertain de charger le premier secrétaire, de souffler sur les braises. Pourquoi le député de Saône et Loire a-t-il lâché ces mots? Exaspéré d'être méprisé par le premier secrétaire depuis le Congrès de Dijon quand il avait lancé le NPS à Dijon? Soucieux de mettre le doigt sur l'un des problèmes à régler dans la campagne? Inutile de creuser: ce qui est fait est fait. Mieux vaut oublier la bourde.

2/ que la réponse de la gauche au candidat conservateur doit s'intensifier: qu'en même temps que le débat participatif progresse, il faut tout de même formuler un message de réponse à la droite. Certes la candidate a fixé un planning qui doit être respecté mais le temps du débat n'interdit pas de répondre franchement quand Nicolas Sarkozy cite Jaurès, Blum et Guy Môquet...

3/ que George Frêche, qui a qualifié les harkis de sous-homme, lui, n'est pas suspendu mais s'est retiré; que Dominique Strauss-Khan, qui s'est montré bien plus dur envers François Hollande et sec envers Ségolène Royal, n'a pas été critiqué.

Espérons que cette atmosphère étrange se dissipe bientôt: il plâne comme un doute sur la volonté réelle de nombreux dirigeants du parti à gagner cette campagne. Comme si tout cela était trop gênant: chacun se contredit, s'attaque. Le ressentiment et l'aigreur ne se sont pas dissipés.

Encore une fois, l'enjeu de cette campagne est de faire gagner nos idées: Ségolène Royal a été désignée par les militants parce qu'elle apparaissait comme la seule qui pouvait gagner contre Nicolas Sarkozy et réellement incarner la rénovation. Aujourd'hui, le parti socialiste et l'équipe de Ségolène Royal doivent s'unir et ne pas succomber aux divisions qui ont toujours fait perdre la gauche.

Soyons honnêtes, la semaine passée a été difficile et des semaines difficiles, il y en aura d'autres jusqu'au premier tour. Gardons intacte la volonté de faire gagner nos idées.

 

15.01.2007

Sarkozy: de l'agitation à l'imposture.

medium_Sarko.2.jpgNicolas Sarkozy a été élu comme dans une république bananière. Il est le candidat de la droit libérale (économiquement) et conservatrice (socialement). Il est vraisemeblable aussi que, maire de Neuilly, il soit plus le candidat du CAC 40 que celui des petits employés.

Sur le fond, il est l'homme de droite dans ce qu'il a de plus classique et, bien que nous soyons en désaccord avec lui sur tout ou presque, cela reste respectable et légitime. Pourtant, dimanche 14 janvier au Parc des expositions de la Porte de Versailles, sur la forme, Nicolas Sarkozy s'est installé dans l'imposture.

Que l'élection présidentielle oppose deux candidats dont les visions, de droite te de gauche, s'opposent, voilà qui est bien.

Que Nicolas Sarkozy, loin de ses convictions et de son programme, loin de ce qu'il fera réellement s'il est élu, en appelle aux mânes de Jaurès, père fondateur de l'unité socialiste et de la lutte contre la domination du capital, qu'il se réfère à Guy Mocquet, résistant communiste qui appelait la révolution antibourgeoise de ses voeux, à Zola qui a mis sa plume à décrire l'oppression des classes populaires dans la société injuste de la fin du XIXè, il y a quelque chose de choquant. Que la candidat de la droite, celui qui veut revenir sur la loi de 1905,  se réclame des combats historiques de la gauche, ce n'est pas un recentrage gaulliste, c'est une farce, c'est une honte.

La situation serait même ridicule s'il ne s'agissait du dialogue du principale candidat de droite avec les Français:  comment peut-on se réclamer de Jean Jaurès et promettre la suppression des droits de succession? Les classes populaires ne seront pas dupes. Voilà qui témoigne de la haute estime qu'il porte à cette campagne, à notre démocratie.

Oui, depuis dimanche, Nicolas Sarkozy est un homme neuf: de l'agitation, il est passé à l'imposture.

 

30.12.2006

Arnaud Montebourg chez Karl Zéro

15.12.2006

Conférence débat de la C6R

medium_C6R.jpg 

RSVP diffuse le message de la C6R:

 

Chers amis conventionnels,

La C6R Etudiants, la C6R Paris et la C6R Ile-de-France organisent un débat intitulé :

« Comment démocratiser le syndicalisme ? »

qui se tiendra le

mardi 19 décembre à 20h
au siège de la C6R, 4-6 Place de Valois, Paris Ier.

A cette occasion, nous aurons l’honneur d’accueillir :

Erwan SEZNEC
Journaliste à Marianne et à La Tribune, auteur de Syndicats, grands discours et petites combines (Hachette Littérature)

Christian DUFOUR
Chercheur à l'IRES (Institut de recherches économiques et sociales), organisme ayant pour fonction de répondre aux besoins exprimés par les organisations syndicales représentatives dans le domaine de la recherche économique et sociale (www.ires-fr.org)



Nous vous attendons nombreux !

Amitiés conventionnelles,

Jonathan SAPÈNE
Président de la C6R Etudiants

Marie-Sophie PEYRE
Présidente de la C6R Paris

Nicolas DELAUNAY
Président de la C6R Ile-de-France

Conférence débat de la C6R

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RSVP diffuse le message de la C6R:

 

Chers amis conventionnels,

La C6R Etudiants, la C6R Paris et la C6R Ile-de-France organisent un débat intitulé :

« Comment démocratiser le syndicalisme ? »

qui se tiendra le

mardi 19 décembre à 20h
au siège de la C6R, 4-6 Place de Valois, Paris Ier.

A cette occasion, nous aurons l’honneur d’accueillir :

Erwan SEZNEC
Journaliste à Marianne et à La Tribune, auteur de Syndicats, grands discours et petites combines (Hachette Littérature)

Christian DUFOUR
Chercheur à l'IRES (Institut de recherches économiques et sociales), organisme ayant pour fonction de répondre aux besoins exprimés par les organisations syndicales représentatives dans le domaine de la recherche économique et sociale (www.ires-fr.org)



Nous vous attendons nombreux !

Amitiés conventionnelles,

Jonathan SAPÈNE
Président de la C6R Etudiants

Marie-Sophie PEYRE
Présidente de la C6R Paris

Nicolas DELAUNAY
Président de la C6R Ile-de-France

01.12.2006

Que se passe-t-il au PS? (Marcel Gauchet- Michel Noblecourt)

medium_ps.jpgPlusieurs analyses de la victoire de Ségolène Royal sont apparues dans la presse. Alors que le scepticisme demeure parfois face à une candidature qui étonne, trouble et met mal à l'aise, il n'est pas inutile de revenir sur ces analyses pour essayer de comprendre ce qui se passe dans notre parti. 

Dans un interview éclairante à Libération, Marcel Gauchet, philosophe et historien des idées, revient sur le vote du 16 novembre au parti socialiste. Pour lui, le premier constat est "que la procédure démocratique a su réguler le choc des personnalités, par rapport à une phase initiale de déchaînement anarchique des ambitions. Cela a été porté au crédit du Parti socialiste, au point que la droite se sent maintenant un peu morveuse avec son vieux système plébiscitaire gaulliste".

Gauchet répond aussi à une question que beaucoup se posent aujourd'hui: Ségolène est-elle un amatrice? Comment peut-on désigner quelqu'un qui n'a pas l'air d'être "solide sur le fond"? "Tout ce qui avait pu apparaître aux yeux des initiés comme des signes d'amateurisme n'affecte pas son image dans le grand public, à commencer par les militants socialistes". Alors quel phénomène est à l'oeuvre, comment le comprendre sans sombrer dans le flot de scepticisme, de "c'était mieux d'avant", de calculs politiciens sur la défaite? Pour le directeur de la revue Le Débat, "la véritable force politique de Ségolène Royal réside dans le fait qu'elle est la seule à avoir saisi la profonde crise d'autorité qui travaille la société française. Elle a pris la juste mesure du scepticisme qui règne dans le pays à l'égard de la prétendue compétence de la classe dirigeante. L'arrogance du discours technocratique dissimule de plus en plus mal l'incertitude des résultats et la faiblesse du pouvoir. Qui ne voit que nous sommes gouvernés par des gens qui, derrière leurs grands airs, ont le trouillomètre à zéro ­ à l'image de Jacques Chirac, ce radical-socialiste qui a peur de son ombre ? Quand Ségolène Royal dit qu'elle n'a pas de certitudes, elle échappe à la malédiction du rôle de «monsieur Je-sais-tout» dans lequel les hommes politiques se sont laissés enfermer et qui n'est plus crédible. En admettant sans rechigner qu'elle n'a pas toujours la solution, elle manifeste un rapport plus sain à la réalité. Et comme en même temps elle apparaît très capable de fermeté, elle dessine une autre image du pouvoir, probablement beaucoup plus en phase avec les aspirations populaires. On discute d'abord, mais quand on a décidé, on s'y tient.

Pour Gauchet, "Ségolène Royal incarne la sortie du mitterandisme". Sa victoire et l'ampleur des résultats répond en medium_Gauchet.jpgeffet partiellement à la question de la rénovation: la rénovation pose la question du changement de pratiques politiques devenues obsolètes, et du rapport de l'appareil socialiste à la réalité sociale. Ségolène Royal répond partiellement à ce questions, ainsi qu'au problème de leadership socialiste qui se posait depuis la disparition de Mitterrand. "On s'attendait à ce que la sortie du mitterrandisme se fasse par la doctrine. Or, une telle rénovation intellectuelle était en fait assez improbable. Le «droit d'inventaire» de Jospin a vite tourné court. Comme tout parti, le PS a eu peur d'ouvrir la boîte de Pandore des révisions idéologiques, dont on ne sait jamais jusqu'où elles peuvent conduire, et a préféré s'en tenir à une doctrine qui a montré sa capacité à gagner des élections. Il est toujours très difficile de s'arracher à une recette qui a fonctionné. C'est par une voie de contournement que l'affaire s'est faite. Elle s'est jouée sur le terrain de l'image et du symbole, et par l'incarnation dans une personne singulière. Ségolène Royal se situe ailleurs, elle ne cherche pas à réviser l'héritage mitterrandien, elle représente une autre manière de faire."

Le philosophe et observateur de la vie politique pose tout haut une question que beaucoup se posent tout bas: "pourra-t-elle tenir jusqu'à l'élection en se contentant de lancer des signaux d'opinion et d'indiquer des voies ?" En effet, Ségolène Royal fait une campagne de valeurs plus que de propositions, comme si elle avait compris que les Français en avaient assez des promesses non tenues et qu'ils attendaient que le candidat affiche les valeurs cardinales qui gouverneront son action en toute circonstance: ce schéma correspond bien à la Vè République et bien que nous la combattions avec la C6R, il faut avouer que Royal s'adapte bien au cadre institutionnel imposé.
Sur le fond, il y a des thèmes sur lesquels certains voudraient voir énoncées des propositions claires. Réponse de Gauchet: "Elle risque d'avoir plus de mal sur le social. L'Etat-providence est diabolique de complexité. Les questions de société demandent beaucoup de doigté. Le danger, sur ce terrain ­ on l'a déjà vu avec son blog et son fameux livre participatif, qui est resté en plan ­, est l'enlisement dans une succession de propositions très difficiles à rendre cohérentes entre elles. Tout dépendra de sa capacité de se saisir de quelques points déterminants, où elle peut marquer des points." Et de rappeler le fatalisme qui a toujours accompagné la candidature de Royal dès le début: "Certains commentateurs annoncent déjà qu'elle ne peut que s'effondrer...". Il faut certes être lucide sur la situation, sur "l'inconnu de la situation" mais il faut également être enthousiste car la candidature de Ségolène Royal ouvre des perspectives inédites de renouveau, de rénotion et de renaissance du PS. 
medium_sego_jospin.jpgMichel Noblecourt analyse lui la "refondation ségoliste" dans Le Monde daté du 29 novembre, et estime, un peu comme Gauchet qu'avec "60,65 % des voix, une position majoritaire dans 95 fédérations sur 105-, les militants socialistes ont tourné la page du parti d'Epinay, celui qu'avait refondé François Mitterrand en 1971". Nous sommes donc entrés dans une nouvelle ère. La question qu'il pose est néanmoins de savoir si nous allons assister (et pour nous participer) à la fondation d'un "PS, parti "ségoléniste" ? Ségolène Royal souhaitera-t-elle rénover le parti socialiste? Ou souhaite-t-elle seulement gagner l'élection présidentielle? Le second objectif est essentiel pour accéder au pouvoir et mettre nos idées en oeuvre pendant 5 ans mais le premier est nécessaire pour rendre durable l'exercice du pouvoir par la gauche.

En effet, à l'outil ancien et efficace qu'est l'appareil socialiste, Ségolène Royal a ajouté "en dehors du PS, un recours, nouveau et intensif, à la démocratie participative, à travers son association, Désirs d'avenir, et Internet". Jusqu'ici, elle est restée en marge du parti: "inscrivant sa démarche, dès 1984, dans celle des "transcourants" de François Hollande, absente du congrès de Rennes (1990), silencieuse à celui du Mans, qui se solda, il y a un an, par une "synthèse", elle est toujours restée en marge. Mais elle n'a pas eu à prendre le pouvoir au PS. Il lui a rendu les armes, sans lui opposer beaucoup de résistance malgré ses mises en cause iconoclastes et répétées des Tables de la loi. L'appareil a été contraint de s'incliner au point même d'en faire, dès le démarrage de la campagne interne, sa candidate" analyse Noblecourt. Ségolène Royal a intégré les principaux dirigeant du PS de 2002 à 2006 dans son équipe restreinte: François Rebsamen, Julien Dray, Bruno Le Roux, Jack Lang. "Bénéficiant d'une position de force sans précédent, Mme Royal a donné des gages au PS. Le siège du parti sera celui de sa campagne, le bureau national son conseil politique. (...) Elle ne prend pas le parti, mais elle capte sa force. Elle s'appuie sur l'appareil, mais elle garde les coudées franches".

Sa candidature et la dynamique de la désignation interne ont révolutionné le PS: "les nouveaux adhérents sont passés de 127 414 en novembre 2005 à 220 269 au moment de la désignation. Beaucoup de section sont transformée: le socialisme a peut-être repris pied dans l'activité politique quotidienne des gens. L'empreinte de la refondation ségoléniste, c'est d'abord la méthode. Mais d'autres signes l'amplifient. Elle a accru la présidentialisation du PS, amorcée par François Mitterrand et poursuivie par Lionel Jospin, avec un parti transformé en club de supporteurs". On ne peut que s'inquiéter de cette situation et espérer que le débat de fond ne se tarira pas et que la rénovation passera aussi par les idées. Mais le processus de désignation a aussi fait éclater les équilibres internes sans que l'on sache encore comment ceux-ci vont se recomposer. "La majorité du Mans (53,63 % pour la motion Hollande) a vu se détacher un nouveau courant social-démocrate, qui a apporté 20,69 % des voix à M. Strauss-Kahn. NPS a explosé. M. Fabius a gagné 11 000 voix par rapport au Mans, mais son poids a baissé de 21,17 % à 18,66 %. Voilà le PS doté de deux courants idéologiques, l'un social-démocrate, l'autre "authentiquement de gauche", et ...d'une écurie présidentielle". En réalité, ce que chacun ignore, c'est 1/ si Ségfolène Royal ou ses partisans vont composer un courant à identité propre et à vocation majoritaire, au centre du parti, et 2/ si Laurent Fabius va céder sa place de leader légitime de la gauche du parti au profit d'une personnalité plus jeune (Benoit Hamon et certaines franges de Nouvelle Gauche?). Le clivage oui-non au referendum a éclaté: il n'était sans doute pas aussi structurant qu'on a pu le penser, ou pltôt Ségolène Royal a su se positionner à mi-chemin, d'un façon satisfaisante et acceptable pour tous. Par rapport au projet, SR le revendique et se permettra de "l'améliorer, le compléter, le préciser" à sa façon. Fidélité et liberté son donc les maîtres mots pour une rénovation maîtrisée.

"Même si M. Hollande proclame qu'"il n'y a pas d'un côté le vieux parti et de l'autre le nouveau", l'avènement de Mme Royal esquisse aussi, potentiellement, un changement de nature du PS. François Rebsamen, numéro deux et co-directeur de campagne, a annoncé, le 26 novembre, qu'il comptait désormais 280 000 adhérents, chiffre jamais atteint depuis 1937 (286 604), et dépassé en 1945, en 1946 - avec un record de 354 878 membres - et en 1947. Là aussi le changement est de taille. Jusqu'en 2005, le PS comptait un tiers d'élus, soit autour de 40 000. La proportion tombe de fait, aujourd'hui, à 14 % ! Ce parti d'élus va-t-il se muer en parti de militants ? Il est, dans l'immédiat, un parti d'adhérents et de sympathisants. Si l'adhésion dépasse l'engouement et devient durable, ses pratiques s'en ressentiront.

medium_Sego1.jpgMichel Noblecourt termine son analyse avec une lucidité remarquable: "en fait, il manque encore à la refondation ségoléniste un corps de doctrine, au-delà de la volonté de changer la politique, d'instaurer un "ordre juste", ou du slogan "le progrès pour tous, le respect pour chacun". Il pose la vraie question de la rénovation: au delà des personnes et des enjeux de génération, les questions de fond, l'adaptation aux nouveaux dangers, ou nouvelles formes inégalités nées d'un nouveau capitalisme seront-elles pleinement comprise. En un mot, le PS sortira-t-il enfin du corps de doctrine des années 70? Noblecourt souligne que le "ségolisme" pourrait s'apparenter à la "droite" du parti: "sous l'influence "du "pragmatisme" de Jacques Delors, Alain Bergounioux, secrétaire national aux études du PS, historien du parti, ancien rocardien proche de M. Strauss-Kahn, définit ainsi le ségolénisme : "C'est un mélange de mitterrandisme, de réformisme delorien et de socialisme décentralisé." Reste à savoir si cette refondation durera juste un peu plus que le temps des roses - celui d'une campagne - ou si elle accentuera la mue moderniste ou, comme le veut M. Strauss-Kahn, social-démocrate du PS".

On peut aussi penser que Ségolène Royal rejoint la gauche du parti sur certains points: lorsqu'elle lance des charges d'une véhémence rare contre les banques, le capital et les inégalités; chevènementiste lorsqu'elle revendique l'ordre public comme une valeur de gauche parce les classes populaires sont les premières à souffrir de la violence; proche des ouvriers lorsqu'elle revendique la valeur travail et la valorisation du savoir de tous et pas seulement des experts ou des privilégiés.

Une chose est certaine: il y aura un avant et un après ségolène. 

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