24.01.2007

Pour une campagne sociale: répondre aux inquiétudes d'une majorité de Français

medium_carte.jpgLa question sociale ne concerne plus une catégorie sociale marginalisée (les 10% les plus pauvres et les exclus) mais la partie beaucoup plus large de la population qui doute, angoissée par la peur du déclassement : à l’heure ou les diplômes ne suffisent plus à protéger contre la précarité, les salaires, les prix, la sécurité professionnelle, l’avenir des enfants et le logement sont les principales préoccupations d’une majorité de Français.

L’un des enjeux majeurs de la campagne présidentielle sera la conquête des classes populaires et de classes moyennes inférieures, c’est à dire de ces Français qui gagnant entre 800 et 1500 euros. Les thèmes sociaux semblent devoir beaucoup compter dans la campagne.

Nicolas Sarkozy tente de préempter certains thèmes centraux de la gauche. Ils ne doivent pas lui être abandonnés : ses contradictions vont bientôt devenir flagrantes. La gauche doit s’atteler à les dénoncer. La mise à mal de l’image d’un Nicolas Sarkozy social, central ou centriste doit être l’un des principaux objectifs d’une campagne socialiste à dominante sociale.

 

 La pauvreté, les classes populaires et les classes moyennes inférieures : le véritable électorat de la gauche doit être défendu et rassemblé

6,9 millions de Français vivent avec moins de 800 euros par mois. La pauvreté « en conditions de vie » touche 14,3% des Français qui connaissent des privations et des difficultés : loyers, factures, découverts bancaires, surendettement, etc. Leurs préoccupations et difficultés quotidiennes sont claires :

-          l’emploi (stable et durable),

-          le logement (salubre et non suroccupé[1])

-          un accès plus juste aux services bancaires (sans surfacturation ni surendettement),

Au delà des limites strictes de la pauvreté, une population est majoritaire en France : elle gagne entre 700 et 1500 euros (le revenu médian est de 2000 € pour un ménage sans enfants, 3000 euros pour un ménage avec deux enfants de moins de 18 ans). Elle appartient aux catégories socio-professionnelles intermédiaires : agriculteurs, techniciens, employés du secteur public ou privé, professions intermédiaires de la fonction publique et des entreprises, petits artisans ou petits commerçants, etc. Cette population, si elle n’est pas directement touchée par la pauvreté, si elle n’est pas directement « dans le besoin », elle craint le déclassement et sait que la société française telle qu’elle fonctionne actuellement, elle peut basculer dans les difficultés en cas de plan social ou d’accident de la vie.

medium_billets.jpgElle se caractérise pas la peur du déclassement. Ces populations se caractérisent pas la peur du déclassement : à l’inverse des années 60 où les emplois créés par l’économie française permettaient aux jeunes d’être mieux qualifiés et d’accéder à un emploi mieux rémunéré que leurs parents, de gravir des échelons sociaux, aujourd’hui, aux emplois techniques de l’industrie qui sont en train d’être détruits, se substituent des emplois dans le secteur tertiaire dont les salaires sont de 10 % inférieurs.

Ses préoccupations semblent ainsi être :

-          la sécurité de l’emploi,

-          le niveau de prix, notamment des nouveaux services (téléphone, etc.)

-          le niveau des loyers,

-          l’avenir professionnel de leurs enfants.

La peur du déclassement, des fins de mois difficiles, le sentiment qu’il est difficile de « joindre les deux bouts », l’angoisse des fins de mois difficiles sont des sentiments qui se sont répandus jusqu’aux classes moyennes.  Cette population de Français qui travaillent, qui gagnent de 700 à 1500 euros, semble être celle qui doute de l’avenir, de l’Etat et de la République. C’est la France des « fins du mois difficiles » (ou de la peur des fins de mois difficiles), la France où porte les discours sur le déclin du pays.

 Pour dénoncer les contradictions de N. Sarkozy : nous devons mener une campagne sociale !

 

Nicolas Sarkozy, dans l’orientation de sa campagne, s’adresse à la frange de la population majoritaire décrite ci-dessus. Il parle des « fins de mois difficiles ». Lorsqu’il évoque la France « qui travaille », « qui se lève tôt le matin ». Lorsqu’il évoque l’histoire nationale et ses grandes heurs ; il souhaite rassembler cette France désespérée de la politique et de la République. Mais il se travestit car son programme est à mille lieues de ces objectifs.

 

A gauche, les intentions de vote en faveur d’Arlette Laguiller semblent augmenter or elle n'incarne aucun avenir pour la gauche : il est nécessaire de faire des efforts pour rassembler les classes populaires. Cet objectif de premier tour est incontournable. Pour l’atteindre, il semble nécessaire de réinvestir des thèmes traditionnellement mobilisateurs :

 

-     du pouvoir d’achat et des salaires,

-          de l’emploi durable et de la précarité,

-          de l’avenir assombri pour les enfants

-          et du logement (le mal logement est un problème pour tous, pas seulement pour les exclus)

 

Ces thèmes doivent devenir nos priorités de campagne pour deux raisons :

 -          ils recouvrent les intérêts des plus faibles, de ceux que les socialistes ont vocation à défendre ; ils constituent les préoccupations centrales de l’électorat de gauche ;

-          sur ce thème, Nicolas Sarkozy se contredit: sa vraie nature d'homme de droite, défenseur de la rente et de trop nombreux privièges se révèlera plainement, loin des envolées lyriques de son discours d'investiture : comment demander la suppression de l’impôt sur les successions et défendre la France qui travaille ? Le virage social et gaulliste inspiré par Henri Gaino est imparfait et fragile : il heurte de plein fouet les convictions libérales du premier Sarkozy. S’il est décidé d’attaquer directement Nicolas Sarkozy, il faut l’attaquer comme un imposteur qui défend une justice rhétorique et ignore les injustices réelles.


[1] « 20% des ménages les plus pauvres vivent dans une résidence suroccupée » (Jean-Claude Driant, professeur à l’IUP) : ce ratio constant depuis 1980.

[2] Le soutien d’une large majorité de l’opinion aux mouvements anti-CPE témoigne de la peur des parents pour leurs enfants qui manifestaient.

15.01.2007

Sarkozy: de l'agitation à l'imposture.

medium_Sarko.2.jpgNicolas Sarkozy a été élu comme dans une république bananière. Il est le candidat de la droit libérale (économiquement) et conservatrice (socialement). Il est vraisemeblable aussi que, maire de Neuilly, il soit plus le candidat du CAC 40 que celui des petits employés.

Sur le fond, il est l'homme de droite dans ce qu'il a de plus classique et, bien que nous soyons en désaccord avec lui sur tout ou presque, cela reste respectable et légitime. Pourtant, dimanche 14 janvier au Parc des expositions de la Porte de Versailles, sur la forme, Nicolas Sarkozy s'est installé dans l'imposture.

Que l'élection présidentielle oppose deux candidats dont les visions, de droite te de gauche, s'opposent, voilà qui est bien.

Que Nicolas Sarkozy, loin de ses convictions et de son programme, loin de ce qu'il fera réellement s'il est élu, en appelle aux mânes de Jaurès, père fondateur de l'unité socialiste et de la lutte contre la domination du capital, qu'il se réfère à Guy Mocquet, résistant communiste qui appelait la révolution antibourgeoise de ses voeux, à Zola qui a mis sa plume à décrire l'oppression des classes populaires dans la société injuste de la fin du XIXè, il y a quelque chose de choquant. Que la candidat de la droite, celui qui veut revenir sur la loi de 1905,  se réclame des combats historiques de la gauche, ce n'est pas un recentrage gaulliste, c'est une farce, c'est une honte.

La situation serait même ridicule s'il ne s'agissait du dialogue du principale candidat de droite avec les Français:  comment peut-on se réclamer de Jean Jaurès et promettre la suppression des droits de succession? Les classes populaires ne seront pas dupes. Voilà qui témoigne de la haute estime qu'il porte à cette campagne, à notre démocratie.

Oui, depuis dimanche, Nicolas Sarkozy est un homme neuf: de l'agitation, il est passé à l'imposture.

 

15.12.2006

Conférence débat de la C6R

medium_C6R.jpg 

RSVP diffuse le message de la C6R:

 

Chers amis conventionnels,

La C6R Etudiants, la C6R Paris et la C6R Ile-de-France organisent un débat intitulé :

« Comment démocratiser le syndicalisme ? »

qui se tiendra le

mardi 19 décembre à 20h
au siège de la C6R, 4-6 Place de Valois, Paris Ier.

A cette occasion, nous aurons l’honneur d’accueillir :

Erwan SEZNEC
Journaliste à Marianne et à La Tribune, auteur de Syndicats, grands discours et petites combines (Hachette Littérature)

Christian DUFOUR
Chercheur à l'IRES (Institut de recherches économiques et sociales), organisme ayant pour fonction de répondre aux besoins exprimés par les organisations syndicales représentatives dans le domaine de la recherche économique et sociale (www.ires-fr.org)



Nous vous attendons nombreux !

Amitiés conventionnelles,

Jonathan SAPÈNE
Président de la C6R Etudiants

Marie-Sophie PEYRE
Présidente de la C6R Paris

Nicolas DELAUNAY
Président de la C6R Ile-de-France

01.12.2006

Que se passe-t-il au PS? (Marcel Gauchet- Michel Noblecourt)

medium_ps.jpgPlusieurs analyses de la victoire de Ségolène Royal sont apparues dans la presse. Alors que le scepticisme demeure parfois face à une candidature qui étonne, trouble et met mal à l'aise, il n'est pas inutile de revenir sur ces analyses pour essayer de comprendre ce qui se passe dans notre parti. 

Dans un interview éclairante à Libération, Marcel Gauchet, philosophe et historien des idées, revient sur le vote du 16 novembre au parti socialiste. Pour lui, le premier constat est "que la procédure démocratique a su réguler le choc des personnalités, par rapport à une phase initiale de déchaînement anarchique des ambitions. Cela a été porté au crédit du Parti socialiste, au point que la droite se sent maintenant un peu morveuse avec son vieux système plébiscitaire gaulliste".

Gauchet répond aussi à une question que beaucoup se posent aujourd'hui: Ségolène est-elle un amatrice? Comment peut-on désigner quelqu'un qui n'a pas l'air d'être "solide sur le fond"? "Tout ce qui avait pu apparaître aux yeux des initiés comme des signes d'amateurisme n'affecte pas son image dans le grand public, à commencer par les militants socialistes". Alors quel phénomène est à l'oeuvre, comment le comprendre sans sombrer dans le flot de scepticisme, de "c'était mieux d'avant", de calculs politiciens sur la défaite? Pour le directeur de la revue Le Débat, "la véritable force politique de Ségolène Royal réside dans le fait qu'elle est la seule à avoir saisi la profonde crise d'autorité qui travaille la société française. Elle a pris la juste mesure du scepticisme qui règne dans le pays à l'égard de la prétendue compétence de la classe dirigeante. L'arrogance du discours technocratique dissimule de plus en plus mal l'incertitude des résultats et la faiblesse du pouvoir. Qui ne voit que nous sommes gouvernés par des gens qui, derrière leurs grands airs, ont le trouillomètre à zéro ­ à l'image de Jacques Chirac, ce radical-socialiste qui a peur de son ombre ? Quand Ségolène Royal dit qu'elle n'a pas de certitudes, elle échappe à la malédiction du rôle de «monsieur Je-sais-tout» dans lequel les hommes politiques se sont laissés enfermer et qui n'est plus crédible. En admettant sans rechigner qu'elle n'a pas toujours la solution, elle manifeste un rapport plus sain à la réalité. Et comme en même temps elle apparaît très capable de fermeté, elle dessine une autre image du pouvoir, probablement beaucoup plus en phase avec les aspirations populaires. On discute d'abord, mais quand on a décidé, on s'y tient.

Pour Gauchet, "Ségolène Royal incarne la sortie du mitterandisme". Sa victoire et l'ampleur des résultats répond en medium_Gauchet.jpgeffet partiellement à la question de la rénovation: la rénovation pose la question du changement de pratiques politiques devenues obsolètes, et du rapport de l'appareil socialiste à la réalité sociale. Ségolène Royal répond partiellement à ce questions, ainsi qu'au problème de leadership socialiste qui se posait depuis la disparition de Mitterrand. "On s'attendait à ce que la sortie du mitterrandisme se fasse par la doctrine. Or, une telle rénovation intellectuelle était en fait assez improbable. Le «droit d'inventaire» de Jospin a vite tourné court. Comme tout parti, le PS a eu peur d'ouvrir la boîte de Pandore des révisions idéologiques, dont on ne sait jamais jusqu'où elles peuvent conduire, et a préféré s'en tenir à une doctrine qui a montré sa capacité à gagner des élections. Il est toujours très difficile de s'arracher à une recette qui a fonctionné. C'est par une voie de contournement que l'affaire s'est faite. Elle s'est jouée sur le terrain de l'image et du symbole, et par l'incarnation dans une personne singulière. Ségolène Royal se situe ailleurs, elle ne cherche pas à réviser l'héritage mitterrandien, elle représente une autre manière de faire."

Le philosophe et observateur de la vie politique pose tout haut une question que beaucoup se posent tout bas: "pourra-t-elle tenir jusqu'à l'élection en se contentant de lancer des signaux d'opinion et d'indiquer des voies ?" En effet, Ségolène Royal fait une campagne de valeurs plus que de propositions, comme si elle avait compris que les Français en avaient assez des promesses non tenues et qu'ils attendaient que le candidat affiche les valeurs cardinales qui gouverneront son action en toute circonstance: ce schéma correspond bien à la Vè République et bien que nous la combattions avec la C6R, il faut avouer que Royal s'adapte bien au cadre institutionnel imposé.
Sur le fond, il y a des thèmes sur lesquels certains voudraient voir énoncées des propositions claires. Réponse de Gauchet: "Elle risque d'avoir plus de mal sur le social. L'Etat-providence est diabolique de complexité. Les questions de société demandent beaucoup de doigté. Le danger, sur ce terrain ­ on l'a déjà vu avec son blog et son fameux livre participatif, qui est resté en plan ­, est l'enlisement dans une succession de propositions très difficiles à rendre cohérentes entre elles. Tout dépendra de sa capacité de se saisir de quelques points déterminants, où elle peut marquer des points." Et de rappeler le fatalisme qui a toujours accompagné la candidature de Royal dès le début: "Certains commentateurs annoncent déjà qu'elle ne peut que s'effondrer...". Il faut certes être lucide sur la situation, sur "l'inconnu de la situation" mais il faut également être enthousiste car la candidature de Ségolène Royal ouvre des perspectives inédites de renouveau, de rénotion et de renaissance du PS. 
medium_sego_jospin.jpgMichel Noblecourt analyse lui la "refondation ségoliste" dans Le Monde daté du 29 novembre, et estime, un peu comme Gauchet qu'avec "60,65 % des voix, une position majoritaire dans 95 fédérations sur 105-, les militants socialistes ont tourné la page du parti d'Epinay, celui qu'avait refondé François Mitterrand en 1971". Nous sommes donc entrés dans une nouvelle ère. La question qu'il pose est néanmoins de savoir si nous allons assister (et pour nous participer) à la fondation d'un "PS, parti "ségoléniste" ? Ségolène Royal souhaitera-t-elle rénover le parti socialiste? Ou souhaite-t-elle seulement gagner l'élection présidentielle? Le second objectif est essentiel pour accéder au pouvoir et mettre nos idées en oeuvre pendant 5 ans mais le premier est nécessaire pour rendre durable l'exercice du pouvoir par la gauche.

En effet, à l'outil ancien et efficace qu'est l'appareil socialiste, Ségolène Royal a ajouté "en dehors du PS, un recours, nouveau et intensif, à la démocratie participative, à travers son association, Désirs d'avenir, et Internet". Jusqu'ici, elle est restée en marge du parti: "inscrivant sa démarche, dès 1984, dans celle des "transcourants" de François Hollande, absente du congrès de Rennes (1990), silencieuse à celui du Mans, qui se solda, il y a un an, par une "synthèse", elle est toujours restée en marge. Mais elle n'a pas eu à prendre le pouvoir au PS. Il lui a rendu les armes, sans lui opposer beaucoup de résistance malgré ses mises en cause iconoclastes et répétées des Tables de la loi. L'appareil a été contraint de s'incliner au point même d'en faire, dès le démarrage de la campagne interne, sa candidate" analyse Noblecourt. Ségolène Royal a intégré les principaux dirigeant du PS de 2002 à 2006 dans son équipe restreinte: François Rebsamen, Julien Dray, Bruno Le Roux, Jack Lang. "Bénéficiant d'une position de force sans précédent, Mme Royal a donné des gages au PS. Le siège du parti sera celui de sa campagne, le bureau national son conseil politique. (...) Elle ne prend pas le parti, mais elle capte sa force. Elle s'appuie sur l'appareil, mais elle garde les coudées franches".

Sa candidature et la dynamique de la désignation interne ont révolutionné le PS: "les nouveaux adhérents sont passés de 127 414 en novembre 2005 à 220 269 au moment de la désignation. Beaucoup de section sont transformée: le socialisme a peut-être repris pied dans l'activité politique quotidienne des gens. L'empreinte de la refondation ségoléniste, c'est d'abord la méthode. Mais d'autres signes l'amplifient. Elle a accru la présidentialisation du PS, amorcée par François Mitterrand et poursuivie par Lionel Jospin, avec un parti transformé en club de supporteurs". On ne peut que s'inquiéter de cette situation et espérer que le débat de fond ne se tarira pas et que la rénovation passera aussi par les idées. Mais le processus de désignation a aussi fait éclater les équilibres internes sans que l'on sache encore comment ceux-ci vont se recomposer. "La majorité du Mans (53,63 % pour la motion Hollande) a vu se détacher un nouveau courant social-démocrate, qui a apporté 20,69 % des voix à M. Strauss-Kahn. NPS a explosé. M. Fabius a gagné 11 000 voix par rapport au Mans, mais son poids a baissé de 21,17 % à 18,66 %. Voilà le PS doté de deux courants idéologiques, l'un social-démocrate, l'autre "authentiquement de gauche", et ...d'une écurie présidentielle". En réalité, ce que chacun ignore, c'est 1/ si Ségfolène Royal ou ses partisans vont composer un courant à identité propre et à vocation majoritaire, au centre du parti, et 2/ si Laurent Fabius va céder sa place de leader légitime de la gauche du parti au profit d'une personnalité plus jeune (Benoit Hamon et certaines franges de Nouvelle Gauche?). Le clivage oui-non au referendum a éclaté: il n'était sans doute pas aussi structurant qu'on a pu le penser, ou pltôt Ségolène Royal a su se positionner à mi-chemin, d'un façon satisfaisante et acceptable pour tous. Par rapport au projet, SR le revendique et se permettra de "l'améliorer, le compléter, le préciser" à sa façon. Fidélité et liberté son donc les maîtres mots pour une rénovation maîtrisée.

"Même si M. Hollande proclame qu'"il n'y a pas d'un côté le vieux parti et de l'autre le nouveau", l'avènement de Mme Royal esquisse aussi, potentiellement, un changement de nature du PS. François Rebsamen, numéro deux et co-directeur de campagne, a annoncé, le 26 novembre, qu'il comptait désormais 280 000 adhérents, chiffre jamais atteint depuis 1937 (286 604), et dépassé en 1945, en 1946 - avec un record de 354 878 membres - et en 1947. Là aussi le changement est de taille. Jusqu'en 2005, le PS comptait un tiers d'élus, soit autour de 40 000. La proportion tombe de fait, aujourd'hui, à 14 % ! Ce parti d'élus va-t-il se muer en parti de militants ? Il est, dans l'immédiat, un parti d'adhérents et de sympathisants. Si l'adhésion dépasse l'engouement et devient durable, ses pratiques s'en ressentiront.

medium_Sego1.jpgMichel Noblecourt termine son analyse avec une lucidité remarquable: "en fait, il manque encore à la refondation ségoléniste un corps de doctrine, au-delà de la volonté de changer la politique, d'instaurer un "ordre juste", ou du slogan "le progrès pour tous, le respect pour chacun". Il pose la vraie question de la rénovation: au delà des personnes et des enjeux de génération, les questions de fond, l'adaptation aux nouveaux dangers, ou nouvelles formes inégalités nées d'un nouveau capitalisme seront-elles pleinement comprise. En un mot, le PS sortira-t-il enfin du corps de doctrine des années 70? Noblecourt souligne que le "ségolisme" pourrait s'apparenter à la "droite" du parti: "sous l'influence "du "pragmatisme" de Jacques Delors, Alain Bergounioux, secrétaire national aux études du PS, historien du parti, ancien rocardien proche de M. Strauss-Kahn, définit ainsi le ségolénisme : "C'est un mélange de mitterrandisme, de réformisme delorien et de socialisme décentralisé." Reste à savoir si cette refondation durera juste un peu plus que le temps des roses - celui d'une campagne - ou si elle accentuera la mue moderniste ou, comme le veut M. Strauss-Kahn, social-démocrate du PS".

On peut aussi penser que Ségolène Royal rejoint la gauche du parti sur certains points: lorsqu'elle lance des charges d'une véhémence rare contre les banques, le capital et les inégalités; chevènementiste lorsqu'elle revendique l'ordre public comme une valeur de gauche parce les classes populaires sont les premières à souffrir de la violence; proche des ouvriers lorsqu'elle revendique la valeur travail et la valorisation du savoir de tous et pas seulement des experts ou des privilégiés.

Une chose est certaine: il y aura un avant et un après ségolène. 

30.11.2006

Revoilà l'agité (tranquille)!

medium_sarko.jpgNicolas Sarkozy avait promis, avec un brin de malice, qu'il y aurait une "surprise" dans l'annonce de sa candidature. Nous avons crevé d'impatience, et ça y est, la surprise, nous l'avons: l'agité a décidé de faire une annonce de candidature ratée.

On pourvait s'attendre à mieux de la part du sauveur de la droite, le pourfendeur de racailles, manitout de l'économie française,  ami des honnêtes gens (et de ceux qui paient l'impôt sur la fortune). Le mot est sur toutes les radios, télés, journaux: Sarkozy, c'est la rupture tranquille. Comme si le mot tranquilité pouvait coller au personnage. Dans la PQR, parce qu'il est proche de gens et des territoires, le maire de Neuilly?

Non, vraiment, l'entrée en scène de l'agité (tranquille) est ratée.

18.11.2006

La victoire de Ségolène Royal

La victoire de Ségolène Royal est historique pour la gauche et le parti socialiste.

medium_Sego_1.jpgAvec près de 61% des voix exprimées avec 80% de participation, elle a rassemblé bien au delà des structures traditionnelles du parti, faisant éclater plusieurs courants traditionnels, renouvellant les générations, comblant partiellement le fossé qui séparait l'appareil PS de la société, ou du moins de l'opinion. Elle réalise des scores exceptionnels dans les Landes, fief de Henri Emmanuelli, et dans le Val d'Oise, chasse gardée de Dominique Strauss-Kahn. 

Son discours, partiel, parcellaire, critiqué, a ouvert des failles et brisé des tabous importants, remis en cause certains discours compassés du parti (sur la sécurité, sur la valeur travail). Certes elle a mis mal à l'aise beaucoup de camarades. Elle a beaucoup déplu. Elle a déclenché des réactions de haine qui seront, espérons le, oubliées demain. Les mutations ne se font jamais sans douleur, sans remise en cause profondes. Et c'est une mutation profondes que nous vivons sans doute. Avec la victoire de Séglène Royal, sous l'impulsion des militants et de leur vote décomplexé, le Parti socialiste remet en cause certaines de ses fausses certitudes.

Ségolène Royal a proposé un discours de valeurs plus que des solutions techniques. Elle a affirmé qu'elle "n'avait pas medium_Logo_ps.2.jpgréponse à tout" (ce qui constitue en soit une révolution...). Comme si elle avait compris que, depuis le début des années 2000, les Français ne voulaient plus de promesses mais que soient raffirmées certaines vaeurs, certaines valeurs. Elle veut s'afranchir d'un certain nombre d'hypocrisies pour parler franchement, jouir d'une liberté de parole qui sera maintenant une chance pour les socialistes. On a appelé ça du populisme. En effet, Ségolène Royal pose la question du peuple, des gens, de ce que ressent réellement la société, de ce qui se passe réellement dans le pays, au delà des discours traditionnels. Visiblement, elle sent, comprend mieux que d'autres ou en tous cas elle ose le dire.

Il y a ce rapport ambigu et passionnant de Ségolène Royal avec la République et ses valeurs: elle choque parce qu'elle dit tout haut ce que beaucoup pensent tout pas: la République des principes, la République incantatoire est morte. Ou plutôt, à gauche, nous restons attachés bec et ongles aux valeurs d'égalité et d'universalité de la République mais nous ne savons plus comment les transposer dans la réalité. A la différence de Jean-Pierre Chevènement, avec qui elle n'est pas loin de partager certaines idées, Ségolène Royal veut faire la République par la preuve: tester, évaluer, explorer de nouvelles méthodes. A la suite de Gambetta, elle estime sans doute qu'"il est moins important de reconnaître des gaux que d'en faire". A Frangy en Bresse, elle a aussi di vouloir faire la VIè République par la preuve. Il ne faudrait pas annoncer que la révolution démocratique est faite avant qu'elle n'ait commencé. 

medium_Sego_2.2.jpgAujourd'hui, il y a ceux qui croient qu'elle participe à une rénovation du parti, et ceux qui croient que, sur le fond, sa victoire est un imposture. L'ampleur de sa victoire contribue pourtant à effacer les divisions récentes- à Dijon, lors du referendum. Elle ouvre des perspectives de réflexion politiques. Beaucoup de ses partisans ont été traités d'hystériques ou de superficiels. On a dit ou bien qu'ils étaient carréristes, ou bien qu'il étaient gouvernés par les medias, que les réunions politiques autour de Royal étaient des "assemblées de traîtres". Comme si croire, être enthousiaste, chercher un renouveau, tracer de nouveaux liens avec les idées originelles de la République et du Socialisme, remettre en cause, c'était trahir. Et puis, comment 60% des socialistes pourraient-ils être des crétins, des carriéristes et des traîtres?

Non, non... la victoire de Ségolène Royal change la donne et redonne espoir. Elle ouvre des espaces pour de nouvelles synthèses, l'exploration de toutes les solutions sans oeillières. Et surtout, maintenant que la désignation du candidat s'est achevée, le temps est au rassemblement. Et ce n'est pas un vain mot: toutes les énergies, toutes les idées, toute l'inventivité des socialistes et de la gauche doivent se concentrer sur un objectif: 16 ans après François Mitterand en 1981, gagner une élection présidentielle pour changer la vie

03.11.2006

L'ennemi, c'est "l'agité" de Beauvau

medium_nicolas-sarkozy.jpg"Je suis pour l'ordre juste parce qu'il n'y a pas de justice sans ordre" a déclaré Nicolas Sarkozy.

Assez grossièrement, le Ministre de l'Intérieur, responsable de la police et de la sécurité intérieure depuis longtemps, tente de semer le trouble en pleine campagne interne du parti socialiste. Il fait croire que lui et Ségolène Royal, qui fait la promotion de l'ordre juste, sont sur la même ligne. S'il procède ainsi, c'est parce qu'une défaite de Ségolène Royal le rassurerait: elle est la seule candidate capable de le battre. Nicolas Sarkozy s'immisce ainsi dans la campagne du PS avec l'élégance et la légèreté qui le caractérisent.  

Nicolas Sarkozy n'est pour aucun ordre juste: dans cette expression, le mot juste est de trop. Il est pour l'ordre, c'est tout: il est pour l'ordre social, l'ordre économique, il est pour le maintien des même oligarchies, des mêmes privilèges que ceux qui régissent la sociéré française depuis 30 ans avec le succès que l'on sait.

medium_file_202045_62586.jpgLe vrai constat en France, c'est qu'il ne peut y avoir d'ordre sans justice. Chacun comprend que "l'agité" au pouvoir se contentera de rétablir l'ordre et fera l'économie de la justice. N'oublions pas, tandis que la campagne interne bat son plein et que chacun défend légitimement ses idées, alors que se produisent certains dérapages bien naturels en cette période, n'oublions pas que l'ennemi de la gauche, c'est lui, c'est "l'agité" de Beauvau.

19.10.2006

Le débat

medium_debat.jpgLe fameux débat entre les candidats à la candidature socialiste pour la présidentielle: certains l'attendaient, d'autres le craignaient. Les uns et les autres avaient tort. A l'issue du débat de lundi soir sur LCP, aucun des trois candidat n'a "tué" la partie comme l'attendaient certains. Au contraire, à la fin de l'émission, même si on s'était un peu ennuyé, il y avait dans l'air ce sentiment que chacun avait exprimé sa sensibilité et fait honneur à la gauche. Quand on pense à la droite au même moment, empêtrée dans les coups bas, les manipulations, les divisions et la lente dérive de Nicolas Sarkozy vers le césarisme… les socialistes peuvent être fiers.

medium_Fab_DSK.2.jpgPour ce qui est de la comparaison entre les candidats, honnêtement, Ségolène avait l'air bien meilleure que les autres. Disons qu'elle ne s'est pas fait "manger tout cru" par les lions Fabius et DSK. Fabius était convaincant, précis, ramassé. Dominique Strauss-Kahn, parfois flottant, avec cette rengaine fatigante: "la sociale démocratie c'est le socialisme et la démocratie" (et pourquoi pas l'inverse… ?), était quand même bon. Il a été ministre des finances quand même… De toute façon, la presse a fait son éloge: le Parisien titre "PS avantage Stauss-Khan". Il aurait aussi pu titrer autrement… (allez aussi voir sur le Parisien de mardi, il y a un article stupéfiant d'un certain Chetochine, spécialiste du comportement (sic) qui précise que Ségolène parle au Néo-cortex, DSK au Limbique et que Fabius ne parle à personne parce qu'il se parle à lui-même. Allez comprendre…)

medium_Sego.3.jpgEn tout état de cause, à partir du moment où on avait arrêté de dire niaisement que notre candidat(e) était bien meilleur que les autres, il fallait bien avouer que les trois étaient d'un haut niveau et faisaient honneur aux premières vraies primaires au PS. La question de l'impact de ces primaire vaut sans doute la peine d'être posé: seront-elles imputées au temps d'antenne du candidat final? Ont-elles intéressé les Français? Les sympathisants? Ou simplement les militants (ce qui serait déjà pas mal)? Apportent-elle quelque chose à la campagne, au long processus de choix pour l'Elysée? Font-elle entrer plus de fond dans une campagne habituellement médiatico-populiste?

De toutes façons, maintenant, la marche vers l'unité est lancée. Comme le dit DSK en substance, le PS sera plus uni une fois qu'une saine compétition aura clarifié la légitimité du candidat et facilitera sa victoire en mai 2007.

22.09.2006

Quelques mots de Nicolas Sarkozy

Six mots de Nicolas Sarkozy: "Quel est mon juge? Les Français".

medium_Sarko.jpgAvec ces mots prononcés le 22 septembre, tout est dit sur le Maire de Neuilly, sa façon de considérer le pouvoir, sa vision de la démocratie. Car ces quelques mots pourraient tenir lieu de définition du césarisme, de l'autoritarisme: lorsqu'on se croit le droit, au nom de l'opinion, du sensationnel et du médiatique, de mépriser les lois fondamentales, on n'est plus dans la République: on est un tyran en devenir.

Ces quelques mots pèsent lourd: ils dévoilent encore un peu plus les risques que la France courrerait si elle élisait Nicolas Sarkozy.

Au delà même du débat légitime sur la justice, sur son manque de moyens, sur l difficulté par les policiers de la difficulté éprouvée par la droite au pouvoir, à apporter une véritable réponse globale à la montée de la délinquance et des incivilités chez les jeunes de certains quartiers, qu'on n'aime ni l'ordonnance de 1945, ni Jean-Pierre Rozensveig, qu'on aime le pouvoir de façon immodérée voire pathologique, qu'on ait besoin d'accumuler tous les symboles de la force physique la plus brute autour de sa personnes certes: personne ne niera cependant qu'il y a un immense problème en France quand un candidat à l'élection présidentielle peut dire haut et fort qu'il ne reconnait pas l'autorité de la Justice de son pays.

François Mendès

18.09.2006

Jaurès et "l'ordre juste"

Ségolène Royal a fait mouche avec sa formule "l'ordre juste". Il ne faut pas être le pape, ou de droite, pour parler d'ordre. Peut-être pouvons-nous retracer les origines du concept d'ordre juste jusqu'aux racines du socialisme français. 

Pour Jaurès, le socialisme n’est pas en rupture mais en continuité avec la République : c’est l’originalité de sa pensée. « La République est l’humus du socialisme ». Néanmoins l’ordre socialiste dépasse le simple ordre républicain car dans ce dernier le désordre économique demeure.

Ordre républicain et ordre socialiste

medium_jjaures.jpg« Dans l’ordre politique, la nation est souveraine et elle a brisé toutes les oligarchies du passé; dans l’ordre économique la nation est soumise à beaucoup de ces oligarchies (…) Oui, par le suffrage universel, par la souveraineté nationale, qui trouve son expression définitive et logique dans la République, vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois. C’est d’eux, c’est de leur volonté souveraine qu’émanent les lois et le gouvernement : ils révoquent, ils changent leurs mandataires, les législateurs et les ministres; mais au moment même où le salarié est souverain dans l'ordre politique il est dans l’ordre économique, réduit à une sorte de servage. Oui ! Au moment où il peut chasser les ministres du pouvoir, il est, lui, sans garantie aucune et sans lendemain, chassé de l'atelier. Son travail n’est plus qu'une marchandise que les détenteurs du capital acceptent ou refusent à leur gré… » (Discours du 21 novembre 1893 à la Chambre des députés)

Tant que la justice sociale peut bêtre défendue au sein des institutions, la défense de l’ordre est fidèle à l’histoire du socialisme français car l’ordre républicain protège l’ensemble des citoyens, y compris les plus fragiles d’entre eux qui ne peuvent se défendre seuls contre la violence (cf. l’argument chevènementiste : l’ordre est une valeur de gauche car quand une voiture brûle dans les quartiers, c’est la plupart du temps la voiture d’un smicard).

medium_rubon8.jpgNéanmoins, si l’ordre républicain n’est pas complété par la la justice sociale, il devient une caution du désordre économique (synonyme d’hyper-libéralisme économique) et un instrument d’oppression de ceux qui détiennent le capital et le pouvoir. L’ordre socialiste est avant tout la fin du désordre économique intimement lié au libéralisme économique.

L’ordre injuste et l’ordre juste

La politique d'ordre de droite, incarnée par Nicolas Sarkozy, oblige la société à subir le désordre économique ; l’ordre juste s’oppose frontalement à celui-ci et revient à exiger l’ordre économique et social, la justice, en même temps que l’ordre public.

La question de la répression légitime ne doit pas être écartée : un républicain ne peut se satisfaire de penser que l’injustice sociale excuse le désordre, le non respect de la Loi, les incivilités, le non respect du bien commun, délits, crimes) ; l’injustice sociale explique mais n’excuse pas tout.

L’ordre juste, fidèle à l’héritage socialiste, verra converger l’ordre républicain et l’ordre socialiste ; c’est la réduction du désordre économique (chômage, précarité, délinquance en col blanc impunie) qui rendra légitime une punition équitable dans l’intérêt de toute la société.

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