16.04.2007

Choisir des valeurs

La dernière semaine de campagne avant le premier tour a commencé. Quel est le contexte?

Nicolas Sarkozy indique que les voix d'extrême droit l'intéressent. Il aurait difficilement pu le cacher. Un campagne ne permets néanmoins pas de tout dire sous prétexte qu'il y a des voix à aller "pêcher". Tous ceux qui croient à l'école, à la construction de la liberté, au parcours de chacun dans une société libre et respectueuse de la dignité humaine se souviendront des propos de N Sarkozy sur les pédophiles et les suicidaires...

François Bayrou reste dans la pantomime du candidat anti-système... La déception risque d'être lourde pour ses électeurs. Il a reçu le soutien de Michel Rocard qui n'a, c'est triste, jamais digéré ses échecs au PS, parti que, au final, il déteste. La candidature de François Bayrou est la candidature qui permettrait d'éviter le débat entre valeurs de gauche et valeurs de droite, débat dont la France a besoin: le candidat de l'UDF est le candidat de l'autruche. Ses pseudos appels gaulliens cachent mal cette volonté de remettre le débat à plus tard, cette volonté de ne pas trancher.

Reste Ségolène Royal, candidate socialiste qui défend un certain nombre de valeurs que chacun a entendues.

Un peu lassés par un campagne souvent dévoyée, nous nous contentons de souligner que l'enjeu est simple désormais: quelles valeurs inspireront les grandes réformes qui doivent être mises en oeuvre? Celles de la gauche ou celles de la droite? Il y a un choix à faire.

27.02.2007

En réponse à Spartacus: la tribune d'Hannibal publiée dans Libération

 

Sous le nom de Spartacus, des hauts fonctionnaires socialistes appelaient la semaine dernière à voter Bayrou. Des confrères leur répondent.
Spartacus ou Brutus ?
QUOTIDIEN : mardi 27 février 2007
Par Hannibal, groupe de jeunes hauts fonctionnaires socialistes.
Spartacus a quitté la maison socialiste. Dont acte. Puisque l'heure est aux pseudonymes cocasses, nous choisirons Hannibal pour nous exprimer, parce que nous savons que c'est aussi avec des éléphants qu'on peut gagner une campagne...
Spartacus, pourquoi avez-vous rejoint François Bayrou ? Avec le rêve d'une grande coalition de tous les hommes de bonne volonté pour constituer le gouvernement «des meilleurs» ? A nos yeux, ce rêve est un mirage qui repose sur l'idée qu'il n'y a pas de conflits dans la société française, sur le constat qu'il n'y a plus le choix entre une politique de gauche et une politique de droite, sur l'idée qu'il faut faire le choix du «juste milieu» et du bon sens. Ce raisonnement, nous ne le partageons pas. Ceux qui souffrent, mal payés ou sans travail, n'ont pas les mêmes intérêts que ceux qui s'enrichissent des rentes de la France d'aujourd'hui. Ceux qui détiennent du patrimoine n'ont pas les mêmes intérêts que ceux qui n'en détiennent pas. C'est la droite et la gauche.
François Bayrou serait celui qui pourrait venir à bout de la dette ? La première responsabilité de la gauche, c'est la vérité. Or vos arguments sont fallacieux ; ils amalgament notamment la dette et le besoin de financement des retraites et n'évoquent pas les enjeux de la Sécurité sociale, cruciaux pour les Français. Surtout, la droite, si longtemps soutenue par M. Bayrou, a dépensé sans compter et réduit les impôts des plus favorisés pour dégrader encore l'état de nos finances publiques sans résultat probant sur la croissance. Alors la dette... Au même moment, les Français ont entendu, pour la première fois depuis longtemps, une dirigeante socialiste parler haut et fort de la réalité de cette contrainte.
Bayrou serait le candidat des petites entreprises et des artisans ? Comment croire celui qui propose de créer deux emplois exonérés par entreprise, sans faire la différence entre Total et une PME ? Là où les quelques propositions du candidat centriste sont floues, Ségolène Royal propose un pacte : une baisse des coûts bancaires, une refonte du système fiscal et une priorité à l'investissement des entreprises.
François Bayrou serait le candidat des plus démunis ? Vous prenez pour pseudonyme le nom d'un esclave opprimé et révolté pour soutenir un homme qui fut ministre il y a bientôt quinze ans d'un des gouvernements les plus droitiers de France. Etrange posture pour des Français de gauche que de mettre un esclave au service des puissants.
François Bayrou serait l'homme qui va sauver l'école ? Camarades, nous pensons aussi que l'éducation est un enjeu prioritaire. Nous croyons à l'égalité des chances et à l'école républicaine. C'est pourquoi nous ne comprenons pas pourquoi vous soutenez celui qui a voulu réviser la loi Falloux et donner plus d'argent public aux établissements privés alors que nos écoles en manquent tant !
François Bayrou serait l'homme de l'ouverture ? Non. La Ve République est rythmée par l'élection présidentielle et bipolarise la vie politique. Aujourd'hui, le centre a le vent en poupe ? Institutionnellement, votre orientation est hasardeuse. La majorité que vous espérez sera toujours une coalition de circonstance, sans conviction d'ensemble, sans unité et sans force. Cette majorité, si elle existait, serait vouée à soutenir un gouvernement d'hésitation et de faiblesse.
Plus vraisemblablement, que va-t-il se passer ? Le centre existe-t-il ? Oui, il existe, et il finit toujours à droite. Ces rebelles élus UDF que vous rejoignez aujourd'hui finiront comme toujours auxiliaires de l'Etat RPR rebaptisé UMP. Enfin camarades, vous critiquez le candidat Sarkozy, mais votre position le sert. Car c'est lui qui in fine retirera les dividendes du carnaval centriste.
Le plus paradoxal est que vous quittiez la maison socialiste à l'heure de sa rénovation. Le Parti socialiste fait sa mue. Nous soutenons sans réserve Ségolène Royal parce que sa capacité à rétablir un lien direct avec les Français est une chance inespérée pour le Parti socialiste : débats participatifs, discussions sur les niveaux de revenus, petites retraites, petites entreprises... même la dette ! Notre candidate a de nouveau ancré le Parti socialiste à sa place naturelle : au coeur des attentes quotidiennes. La société française est en miettes. Le 21 avril 2002 a été le symptôme extrême d'une longue maladie qui exigeait un sursaut et une rénovation de la gauche. Ce sursaut, cette rénovation, Ségolène Royal les incarne.
En vous voyant Spartacus, nous nous souvenons de cette phrase de Léon Blum, lancée aux camarades tentés par le communisme au Congrès de Tours en 1920 : «Nous sommes convaincus, jusqu'au fond de nous-mêmes, que, pendant que vous irez courir l'aventure, il faut que quelqu'un reste garder la vieille maison.» Cette vieille maison, à l'heure de sa rénovation, vous reste ouverte Spartacus.
Revenez nous aider à rendre la France plus forte et plus juste.


http://www.liberation.fr/rebonds/237540.FR.php
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18.11.2006

La victoire de Ségolène Royal

La victoire de Ségolène Royal est historique pour la gauche et le parti socialiste.

medium_Sego_1.jpgAvec près de 61% des voix exprimées avec 80% de participation, elle a rassemblé bien au delà des structures traditionnelles du parti, faisant éclater plusieurs courants traditionnels, renouvellant les générations, comblant partiellement le fossé qui séparait l'appareil PS de la société, ou du moins de l'opinion. Elle réalise des scores exceptionnels dans les Landes, fief de Henri Emmanuelli, et dans le Val d'Oise, chasse gardée de Dominique Strauss-Kahn. 

Son discours, partiel, parcellaire, critiqué, a ouvert des failles et brisé des tabous importants, remis en cause certains discours compassés du parti (sur la sécurité, sur la valeur travail). Certes elle a mis mal à l'aise beaucoup de camarades. Elle a beaucoup déplu. Elle a déclenché des réactions de haine qui seront, espérons le, oubliées demain. Les mutations ne se font jamais sans douleur, sans remise en cause profondes. Et c'est une mutation profondes que nous vivons sans doute. Avec la victoire de Séglène Royal, sous l'impulsion des militants et de leur vote décomplexé, le Parti socialiste remet en cause certaines de ses fausses certitudes.

Ségolène Royal a proposé un discours de valeurs plus que des solutions techniques. Elle a affirmé qu'elle "n'avait pas medium_Logo_ps.2.jpgréponse à tout" (ce qui constitue en soit une révolution...). Comme si elle avait compris que, depuis le début des années 2000, les Français ne voulaient plus de promesses mais que soient raffirmées certaines vaeurs, certaines valeurs. Elle veut s'afranchir d'un certain nombre d'hypocrisies pour parler franchement, jouir d'une liberté de parole qui sera maintenant une chance pour les socialistes. On a appelé ça du populisme. En effet, Ségolène Royal pose la question du peuple, des gens, de ce que ressent réellement la société, de ce qui se passe réellement dans le pays, au delà des discours traditionnels. Visiblement, elle sent, comprend mieux que d'autres ou en tous cas elle ose le dire.

Il y a ce rapport ambigu et passionnant de Ségolène Royal avec la République et ses valeurs: elle choque parce qu'elle dit tout haut ce que beaucoup pensent tout pas: la République des principes, la République incantatoire est morte. Ou plutôt, à gauche, nous restons attachés bec et ongles aux valeurs d'égalité et d'universalité de la République mais nous ne savons plus comment les transposer dans la réalité. A la différence de Jean-Pierre Chevènement, avec qui elle n'est pas loin de partager certaines idées, Ségolène Royal veut faire la République par la preuve: tester, évaluer, explorer de nouvelles méthodes. A la suite de Gambetta, elle estime sans doute qu'"il est moins important de reconnaître des gaux que d'en faire". A Frangy en Bresse, elle a aussi di vouloir faire la VIè République par la preuve. Il ne faudrait pas annoncer que la révolution démocratique est faite avant qu'elle n'ait commencé. 

medium_Sego_2.2.jpgAujourd'hui, il y a ceux qui croient qu'elle participe à une rénovation du parti, et ceux qui croient que, sur le fond, sa victoire est un imposture. L'ampleur de sa victoire contribue pourtant à effacer les divisions récentes- à Dijon, lors du referendum. Elle ouvre des perspectives de réflexion politiques. Beaucoup de ses partisans ont été traités d'hystériques ou de superficiels. On a dit ou bien qu'ils étaient carréristes, ou bien qu'il étaient gouvernés par les medias, que les réunions politiques autour de Royal étaient des "assemblées de traîtres". Comme si croire, être enthousiaste, chercher un renouveau, tracer de nouveaux liens avec les idées originelles de la République et du Socialisme, remettre en cause, c'était trahir. Et puis, comment 60% des socialistes pourraient-ils être des crétins, des carriéristes et des traîtres?

Non, non... la victoire de Ségolène Royal change la donne et redonne espoir. Elle ouvre des espaces pour de nouvelles synthèses, l'exploration de toutes les solutions sans oeillières. Et surtout, maintenant que la désignation du candidat s'est achevée, le temps est au rassemblement. Et ce n'est pas un vain mot: toutes les énergies, toutes les idées, toute l'inventivité des socialistes et de la gauche doivent se concentrer sur un objectif: 16 ans après François Mitterand en 1981, gagner une élection présidentielle pour changer la vie