25.05.2006

La réforme: le veau d'or

Il ne suffit pas de dire que des réformes vont tomber, il faut dire lesquelles...

Le dernier sondage (Acteurs publics/IFOP) est formel: les Français veulent des réformes (93%). La première des réformes souhaitée est celle du marché du travail (41%), ensuite les réformes devraient toucher l'Education nationale (25%) et la Justice (22).

Et naturellement, les sondeurs, à moins d'un an des présidentielles, ont demandé qui les incarnerait le mieux: devinez le résulat? Nicolas Sarkozy cité à 76% et Ségolène Royal à 65%. Dominique de Villepin aussi à 55%. Et aussi Jean-Marie Le Pen à 49%. C'est intéressant.

Pourtant, ce sondage n'a pas grand sens: qui, à la question, voulez-vous des réformes?, répondrait "non"? Pas grand monde. Et le mot réforme ne signifie rien sans vision politique qui la motive. Réformer pour réformer semble être devenu l'un des grands vices de nos gouvernements: quelque chose ne va pas, j'affiche une réforme (i.e. une loi cadre et la création de maisons-guichet unique) mais je ne prends pas les décrets d'application et ne mets pas de moyens. Donc ma réforme n'a pas d'effet et mon initiative a alimenté les complaintes lancinantes sur le prétendu immobilisme français.

Ce qui manque, semble-t-il, ce ne sont pas des projets de réformes mais les visions politiques et la volonté pour les mettre en oeuvre. Certes, il y a des blocages, des conservatismes (générationnels souvent, et hypocrites) mais il faut rompre avec le discours incantatoire sur les réformes.

Il y a une vision de la réforme façon Sarkozy dont le projet de Loi sur la prévention de la délinquance donne un sinistre aperçu; il y a un projet de réforme lepéniste (réthorique du moins); et, si le travail sur le projet aboutit, il y aura un projet de réforme socialiste. Il n'y a pas une autoroute de l'avenir et un seul type de réforme possible (cf. les incantations trentenaires sur la flexibilisation du marché du travail), il n'y a pas d'une part ceux qui ont le courage de mettre en oeuvre les réformes libérales et les autres, il n'y a pas les archaiques et les modernes (quoi que...), il n'y a pas les aveugles et les visionnaires: il y a des valeurs, et différents horizons pour notre société.

Les opposer, les défendre: c'est ça faire de la la politique.