08.01.2008
Y a-t-il encore un Parlement en France ?
DE L’ÉVALUATION DES MINISTRES PAR LE CHEF DE L’ETAT
Par Julien Colette, secrétaire général de la Convention pour la 6ème République
Chacun des membres du gouvernement va prochainement être reçu par le premier ministre pour se voir remettre une « feuille d’évaluation », établie par un cabinet privé de conseil en stratégie et devant permettre de juger des résultats de l’action de l’équipe de F. Fillon en fonction des objectifs assignés par le président de la République.
Cette initiative a immédiatement suscité un concert d’éloges de la part de l’UMP et de certains observateurs de la vie politique, thuriféraires des pratiques managériales en vigueur dans les grandes entreprises. On pourrait en effet croire que N. Sarkozy a trouvé là un moyen, nouveau, de rendre effectif le principe prescrit par l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, à savoir que « la Société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ».
Dans cette perspective, cette démarche ne serait critiquable qu’en tant que modalité d’application d’un principe très en vogue de l’action publique, trouvant effectivement son fondement dans l’article 15 de la Déclaration du 26 août 1789 : l’évaluation. Et le risque est bien de tomber dans le « piège » tendu par N. Sarkozy en se contentant, comme beaucoup de réactions de responsables de l’opposition l’ont laissé paraître, de ne voir qu’une mauvaise manière faite aux membres du gouvernement de les faire évaluer par des consultants privés alors que cette initiative constitue en fait une atteinte sérieuse aux prérogatives du Parlement, pour ne pas dire à son existence même.
Ministres et secrétaires d’Etat seront donc désormais comptables de leur action directement devant le président de la République, la mise en cause de la responsabilité politique des membres du gouvernement devenant ainsi une pleine prérogative du chef de l’Etat.
Il est étonnant, pour ne pas dire inquiétant, de constater que seul P. Moscovici, député socialiste, se soit souvenu que, même dans le texte de 1958, la mise en cause de la responsabilité du gouvernement, et par voie de conséquence le contrôle de son action, appartient à l’Assemblée nationale, comme en dispose l’article 49 de la Constitution.
Dans un régime parlementaire, ce que reste malgré tout la Ve République si l’on s’en tient à la lettre de la constitution de 1958, doit être regardé comme une garantie fondamentale contre l’arbitraire potentiel du pouvoir exécutif le droit inaliénable et exclusif du Parlement de mettre en cause la responsabilité politique du gouvernement.
Mais il est vrai que la présidentialisation de la Ve République, déjà bien engagée avec l’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, a trouvé une nouvelle vigueur avec l’élection de N. Sarkozy à la présidence de la République.
Le dispositif original d’évaluation des ministres annoncé ces derniers jours y participe.
Législateur déjà bien affaibli, notre Parlement se voit ainsi contrarié jusque dans l’exercice même de sa fonction de contrôle alors que tous les parlements des grandes démocraties ont trouvé dans le renforcement de celle-ci, ces dernières années, un efficace vecteur de re-légitimation de leur rôle.
Faudra-t-il voir, sur nos écrans de télévision, le chef de l’Etat fixer la feuille de route à « sa » majorité parlementaire directement depuis la tribune du Congrès pour prendre conscience du déséquilibre très profond que N. Sarkozy est en train d’installer dans le fonctionnement de nos institutions démocratiques au profit de son seul pouvoir ?
Qui garde à l’esprit que le président de la République, qui sera bientôt, de jure et non plus de facto, le chef unique de la politique étrangère et de sécurité du pays, avec la création d’un conseil national de sécurité « à la française » placé sous sa seule autorité, conserve le droit de dissoudre l’Assemblée nationale alors que les députés n’ont aucun moyen de mettre en cause sa responsabilité politique ?
Là où S. Berlusconi a échoué à concentrer tous les pouvoirs institutionnels entre ses mains car, malgré son instabilité, la IIe République italienne reste un régime parlementaire, N. Sarkozy est en train de réussir, sous le régime de notre Ve République et sous l’œil soit bienveillant soit apeuré de la classe politique.
Il faut plaindre Montesquieu, et tant d’autres penseurs français de la démocratie et de la république, dont le repos doit être bien troublé de voir Prométhée déchaîné parvenu au sommet de l’Etat...
article publié sur le site de la C6R
14:57 Publié dans Réforme institutionnelle | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : c6r, ps, ump, modem, parti socialiste, rsvp, ségolène royal
02.01.2008
Une boussole pour rénover
L’année 2008 sera placée sous les auspices de la rénovation du Parti Socialiste, et de la Gauche en général. Depuis la défaite du printemps dernier, « rénover » est un devenu un leitmotiv incontournable, mais les pistes esquissées ici et la ne permettent toujours pas d’entrevoir l’émergence d’une ligne claire qui pourrait rassembler tous les militants sous une même bannière. Rénover implique tout autant une méthode qu’une éthique.1) D’abord, il faut élaborer une méthode concertée. Évitons les débats rhétoriques abscons qui tournent à vide, attelons-nous plutôt à dresser tous ensemble la liste de nos points d’accords et de divergences, puis distinguons ceux qui relèvent de l’essentiel et de l’accessoire ; concentrons-nous sur l’essentiel et évitons de nous déchirer à propos des détails. C’est le seul moyen d’éviter une guerre de tranchées entre des courants de pensée qui feignent d’être séparés par un fossé idéologique alors qu’il n’en est rien. Comme l’affirmait Saint Thomas d’Aquin : « la concorde ne naît pas de l’identité des pensées mais de l’identité des volontés ». C’est aussi l’unique voie pour redonner au socialisme une épine dorsale doctrinale qui permette de réaffirmer le clivage entre la Gauche et la Droite. La Droite – surtout avec Nicolas Sarkozy – réfute les dogmes : elle n’est pas « libérale », elle dit être « pragmatique ». En fait, la seule règle à laquelle elle obéit consiste à protéger les intérêts de la classe dirigeante, c’est pourquoi elle peut se passer d’une doctrine qui guide son action. À l’aide de sondages d’opinions mais sans aucune approche scientifique de la société, elle navigue à vue au gré des contraintes extérieures. Elle les subit puisqu’elle ne sait pas comment agir pour les corriger. Contrairement à la Droite, nous avons toujours cherché à comprendre le monde et à déterminer une ligne de conduite pour l’améliorer. Retrouvons le goût des débats de fond.
2)- Rénover, c’est aussi – et surtout – être capable de rompre avec une culture d’appareil que réprouvent les militants. Appliquons à nous-mêmes ce que nous reprochons souvent aux autres de ne pas respecter… Le socialisme des origines - celui de Jaurès - était marqué par le sens de l’intérêt général et l’éthique républicaine. Le sens du devoir a reculé dans notre parti comme l’ont illustré les divisions lors de la campagne présidentielle ; quant à l’éthique républicaine, elle semble être un lointain souvenir si on en juge nos pratiques. Terminons en avec le principe dynastique des mandats, cessons d’habiller de la vertu des comportements qui ne méritent que l’opprobre (le « socialisme alimentaire », les cumulardes de la parité, les parachutés de la diversité…). Renouons avec la méritocratie qui fut longtemps l’essence de la Gauche et faisons confiance à l’intelligence et à la souveraineté des militants.
Le prochain Congrès sera l’occasion rêvée pour poser les premières pierres d’un nouvel édifice commun, encore faut-il ne pas tomber dans nos travers habituels. Entre la bride et le galop, il doit bien exister un petit trot tranquille…
16:25 Publié dans L'avenir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : PS, Parti socialiste, ségolène Royal, nicolas sarkozy, RSVP, Bayrou, Montebourg
19.08.2007
4ème Université d'été de la C6R
La Convention pour la 6e République organise sa quatrième université d’été le mardi 28 août 2007 de 9h30 à 17h30 à Jarnac (Charente) Salle de l’Auditorium, 42 route de Luchac :
"L’hyperprésidentialisme, horizon indépassable de la vie politique en France ?"
Programme et infos sur le site de la C6R.
13:11 Publié dans Agenda RSVP | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : RSVP, C6R, Royal, Montebourg, Sarkozy, Bayrou, UMP
01.07.2007
Abus de biens sociaux chez EADS ?
A peine un entrefilet, la presse s'est faite discrète. Le 18 avril le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire contre Nöel Forgeard pour "abus de biens sociaux". Une plainte déposée par Albert Torjman, un petit actionnaire, vise le "Golden Parachute" de 8,5 millions d’Euro que l’ancien PDG - déjà soupçonné de "délit d'initié" - s’est octroyé.
En outre, l’attitude de la direction d’Airbus et des autorités françaises est curieuse dans cette affaire. Pourquoi l’Etat n’a-t’il pas porté plainte alors qu’en tant qu’actionnaire et créancier fiscal, il dispose d’une double qualité pour agir ? Faut-il y voir un écho aux manoeuvres de Thierry Breton dénoncées par des dirigeants allemands selon lesquels il a fait pression sur le CA pour le contraindre à entériner le parachute ? La liste des casseroles de l’ancien ministre de l’économie ouverte par l’affaire Rodhia semble loin d’être arrêtée. Gare au retour de bâton…Le « projet de loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat » (une véritable cavalerie législative en fait) présenté en Conseil des ministres le 20 juin enterre déjà cet engagement de campagne, sans doute que les cris d’orfraies de Mme Parisot y sont pour quelque chose. En effet, les parachutes seront simplement conditionnés à l’obtention de résultats déterminés préalablement. De prime abord, rien de choquant : l’idée « à bons résultats, bonnes rémunérations » paraît logique. Sauf que la loi n'instaure aucun mécanisme coercitif en cas de non-respect de ses dispositions (le délit d’abus de biens sociaux s’appliquera-t’il par défaut ?), et que d’autre part, rien n’empêchera des montants astronomiques comme ceux que l'on a pu constater ces dernières années (affaire Zacharias, affaire Bernard…)
15:30 Publié dans Et l'économie aussi... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Forgeard, EADS, Airbus, PS, RSVP, Royal, Sarkozy
26.06.2007
Le Cabinet fantôme de JMA : une bonne idée
le Cercle RSVP l'avait proposé, JMA l'a fait. Devenir une opposition crédible appellait à la création d'un shadow cabinet, chargé d'expertiser l'action gouvernementale et d'y opposer des solutions crédibles le cas échéant.
Ainsi JMA va nommer 15 vice-présidents du groupe parlementaire dont chacun assurera le suivi d'un département ministériel.
Alors que la droite victorieuse s'attaque à la réalisation d'un programme hautement explosif, les Socialistes semblaient mal démarrer la législature. Finalement, loin de ce que pouvait laisser croire le dernier CN, les élections au sein du groupe ont su montrer la maturité de la Gauche à défaut d'une solide unité...
14:39 Publié dans Horizon 2007 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : RSVP, PS, Royal, Bayrou, Montebourg, Ayrault
22.06.2007
Ministère de l'identité nationale: non!
Parce que la création d'une Ministère de l'Identité nationale est en contradiction totale avec la conception républicaine de la Nation et qu'elle porte atteinte à une certaine conception de la République qui était jusqu'à présent partagée par tous, parce qu'une alerte citoyenne doit être donnée, signez la pétition ici! Ci-dessous le texte de la pétition:
"NON AU MINISTERE DE L’IMMIGRATION ET DE L’IDENTITE NATIONALE
Comme l’ont souligné les historiens démissionnaires des instances officielles de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, associer « immigration » et « identité nationale » dans un ministère n'a jamais eu de précédent dans l'histoire de la République : c’est, par un acte fondateur de cette présidence, inscrire l’immigration comme « problème » pour la France et les Français dans leur « être » même.
En tant que citoyens, ce rapprochement nous inquiète car il ne peut que renforcer les préjugés négatifs à l’égard des immigrés. De notre point de vue, l'identité nationale constitue, aujourd’hui, une synthèse du pluralisme et de la diversité des populations et ne saurait être fixée dans le périmètre d'un ministère.
Le décret du 31 mai 2007 qui définit les compétences de ce nouveau ministère montre, de surcroît, que les effets institutionnels dépassent la seule question de sa dénomination. Ainsi, ce ministère, qui détient en priorité des pouvoirs de police et de contrôle est aussi chargé de « promouvoir l’identité nationale » et de définir « une politique de la mémoire » dans le domaine de l’immigration. Il dispose d’une autorité complète et nouvelle sur l’asile politique et d’une autorité partagée sur une multitude d’administrations, y compris sur la « direction de la mémoire, du patrimoine et des archives » du ministère de la Défense.
Cette confusion des rôles et des fonctions est inadmissible et inquiétante. Nous protestons énergiquement contre la dénomination et les pouvoirs dévolus à ce ministère et demandons solennellement au Président de la République de revenir à des choix plus conformes aux traditions démocratiques de la République française."
Premiers signataires:
11:34 Publié dans Horizon 2007 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, identité nationale, rsvp, nicolas sarkozy, brice hortefeux, ump
19.06.2007
Réaction à la composition du nouveau gouvernement
Le Fillon II est la continuation de Fillon I : débauchages individuels, effet de manche médiatique. Il faut y ajouter les premières entorses au principe de bonne administration promise par le candidat Sarkozy, la pléthore de secrétariats d'Etat somptuaires est à mille lieux du "gouvernement de mission resserré" qui nous avait été annoncé (a-t'on réellement besoin de quatre secrétaires d'Etat au Quay d'Orsay alors même que les affaires étrangères relèvent traditionnellement de l'Elysée?)
La règle imposée par le Premier Ministre, à savoir tout ministre défait doit se retirer (à l'instar d'Alain Juppé), est battue en brèche puisque sont nommés des parfaits inconnus du suffrage universel. Nous pouvons relever au moins un manque de cohérence.
En définitive, le gouvernement Fillon II ressemble au gouvernement Raffarin II...
ps : Malek Boutih vient de se féliciter de la nomination de son amie Fadela Amara. Disons que là aussi, certains, dont les convictions républicaines et de gauche ne sont pas discutables, manquent de cohérence...
18:20 Publié dans La crise politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : PS, UMP, Modem, élections, gouvernement, RSVP, Bayrou
19.05.2007
Après la défaite, comprendre et réagir
(1) CSA-CISCO. L’élection présidentielle : explication du vote et perspectives politiques. Avril 2007.
(2) IPSOS. Qui a voté quoi ? Les motivations du vote. 6 mai 2007.
(3)Libération du 10 mai 2007.
(4)CSA-CISCO. préc.
20:15 Publié dans L'avenir | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : RSVP, PS, Ségolène Royal, Montebourg, législatives, présidentielle, Fabius
20.01.2007
Conférence-débat sur la Justice
18:13 Publié dans Agenda RSVP | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : PS, Rénovez Maintenant, C6R, réforme de la justice, RSVP, Ségolène
19.12.2006
Pourquoi réformer la Banque Centrale Européenne ?
11:25 Publié dans Demain l'Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ségolène Royal, Montebourg, PS, 2007, BCE, Trichet, RSVP





