02.11.2006
Ségolène et la fin des patriarches
L’anthropologie a prouvé qu’à chaque époque on pouvait faire correspondre aux structures sociales des types particuliers d’organisation familiale. La science politique a également constaté que ces modèles familiaux étaient un facteur déterminant dans l’orientation politique des individus.Ainsi on distingue grosso modo trois types de famille.
Tout d’abord la famille nucléaire qui est caractérisée par l’indépendance de ses membres (parents et enfants), des rapports horizontaux peu hiérarchisés et la liberté des individus. C’est la famille moderne par excellence.
A côté, existe la famille-patriarcale née d’une agglomération de ses membres autour d’un ancien, elle est fortement hiérarchisée et privilégie les rapports verticaux. Le patriarche excerce son autorité sur sa famille (enfants, conjoints, petits enfants), décide de leur avenir, choisit ce qu’il juge bon pour eux parfois contre eux (mariage, orientation professionnelle…).
Une variante de la famille-patriarcale est la famille-souche : le patriarche exclut les cadets du ménage lors du mariage du fils aîné, seul ce dernier est important et sera amené à lui succéder. Ces deux derniers modèles de famille sont étouffants pour les enfants, ils suscitent des penchants parricides refoulés et favorisent les névroses. La psychanalyse est d’ailleurs née sur ce terreau fertile.
Les familles patriarcales et souches étaient très répandues dans le monde rural, mais durant la seconde moitié du 19ème siècle les bouleversements économiques induits par l’industrialisation, l’élévation du niveau culturel et l’aspiration à l’émancipation individuelle ont conduit à la transformation des structures familiales : le modèle nucléaire se généralisa. Cela ne se fit pas sans heurts, la famille-patriarcale était oppressante mais ses membres étaient rassurés par l’existence d’une hiérarchie claire. Brusquement libérés de l’autoritarisme du père les individus durent faire le difficile apprentissage de l’indépendance. C’est à cette époque que des phénomènes comme le suicide, l’alcoolisme ou la folie se multiplièrent sous l’effet de ce déracinement soudain.
Alors que le parti socialiste se prépare à choisir son ou sa candidat(e), il est possible d’opérer une corrélation entre ces modèles de famille et chacune des candidatures.
- Ségolène Royal, c’est bien sûr la famille nucléaire moderne : la démocratie participative – qui sans altérer le rôle des élus – permet la réalisation de rapports plus harmonieux entre les titulaires de l’autorité et ceux sur qui elle s’exerce ; le syndicalisme de masse pour renforcer le poids des acteurs sociaux et créer un climat de négociation équilibrée entre patronat et salariés. Les membres de la famille sont encouragés à l’autonomie.
- Fabius incarne la famille patriarcale simple. Il tente lui-même de reproduire le modèle de son « père », François Mitterrand. L’Union de la Gauche envers et contre tout pour rassembler tous les enfants de la famille (Communistes, Verts, Alters…) et leur imposer leur conduite, y compris s’ils ne le désirent pas. Son autorité repose sur le droit d’aînesse (il est le « fils préféré », le plus compétent car ancien plus jeune Premier Ministre) et lui seul connaît les voies du succès : les recettes classiques du socialisme parce que les grands anciens ont toujours fait ainsi et qu’il n’y a pas de raison d’en changer quand bien même le monde a évolué.
- DSK agit quant à lui comme le chef d’une famille-souche exclusive. Comme Fabius, il pense avoir le monopole de la compétence du fait de son expérience du passé (ancien ministre de l’industrie puis de l’économie). Il défend également une vision traditionnaliste de la fonction présidentielle (tendance à l’hyperprésidentialisme propre à la logique des hommes providentiels) voire quasi-messiannique(1). Mais il est exclusif car pour lui l’important n’est pas de rassembler, au contraire les mauvais enfants doivent se soumettre ou être bannis : les socialistes nonistes ? au mieux ils n’ont rien compris au pire ils sont des traîtres. Les autres partis de gauche ? Des archaïques dont on peut se passer.
L’évolution des mœurs rend la société française rétive aux formes d’autorité spontanée telle qu’incarnée par DSK et Fabius. Si une partie des électeurs de droite peut s’identifier à l’ultra-autoritarisme de Sarkozy, ceux de gauche ne croient plus au chef omniscient. C’est en cela que l’ascension de Ségolène Royal paraît inéluctable.
Les enfants des patriarches se rassurent comme ils peuvent. Ils savent qu’avec DSK et Fabius l’échec est au bout du chemin comme d’habitude, c’est justement ce qui les rassure. D’autres sont victimes de pulsions suicidaires : les insultes à l’encontre de la candidate, les sifflets du Zénith, l’adulation du chef, les alliances contre nature entre fabiusiens et strausskahniens, autant de comportements qui desservent leurs auteurs.
Quant aux autres militants, plutôt qu’entamer une psychanalyse, le 16 novembre ils voteront Ségolène !
(1) Cf le bulletin du comité de soutien finistérien "Changer la Gauche n°5" dans lequel les supporters de DSK rêvent de le voir assumer "la charge d'un destin deux fois millénaire" . Plus fort que le Christ !
15:35 Publié dans Horizon 2007 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Ségolène Royal, PS, parti socialiste, Fabius, DSK, 2007, primaire
31.10.2006
Non, la Constitution européenne n'est pas morte !
Depuis le double non français et néerlandais, on voudrait nous faire croire que la Constitution Européenne serait abandonnée. Il n'en est rien,
lisez ces brèves sur le portail Toute l'Europe.fr et vous comprendrez
que l'élite bienpensante réfléchit aux meilleurs moyens de violer le
suffrage universel :
- "Deux ans après sa signature, la Constitution fait à nouveau débat".
DSK défend une europe utopique qui n'existe qu'en rêve, Fabius a voté non mais il propose un mini-traité, comme Nicolas Sarkozy. Ségolène fait le chemin inverse, elle défend l'idée d'une Europe des projets, car seules des réalisations concrètes sont capables de fédérer les énergies par delà les frontières dans le sens de l'intérêt commun.
Une constitution européenne n'a en effet aucune utilité tant qu'on n'aura pas répondu à ces deux questions : quelles frontières pour l'Europe (où devra s'arrêter l'élargissement, quid de sa capacité d'absorption) ? Quel projet politique pour l'Union européenne (degré d'intégration, zone de libre-échange ou espace politique) ?
15:35 Publié dans Demain l'Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Ségolène Royal, Europe, Constitution, PS, parti socialiste, Fabius, DSK





